2017 année queerotique*

Un article écrit par

Tandis que les clubs libertins ont le vent en poutre et que les saunas gays sont toujours aussi moites que le dépôt*, je prédis sans aucune autre source que mon instinct personnel, un arrivage de sexpartys queer à Paris (et en France ?). Elles font presque légion à Berlin, il est temps qu’elles sexportent un bout dans notre capitale.

 

 

 

Photos by Chris Phillips – Pornceptual

 

 

Preuve en est, la Sneaky Sneaky, soirée “conventionnelle” jusqu’ici qui assume un virage à 69 degrés. Résultat coquin ou cul-cul, la mayonnaise va-t-elle prendre ? Dans tous les cas, cette nouvelle orientation m’a donné envie de me lancer sur une pente glissante, de presque mener l’enkekette et de faire des jeux de moules à trou broutte de champs. Notons tout de même que l’organisatrice de cet événement semble avoir été révélée à l’affaire lors d’une Play Night, aka la seule soirée cul pour les lesbiennes et leurs ami-es à Paris. Quelques événements queer-cul existent donc déjà à Paris, surtout chez les gays, mais rien de bien mixte à ma connaissance.

 

 

Bref, pour vous donner l’envie d’explorer la fesse cachée de la lune – si besoin en est – j’ai glané des témoignages certifiés queer répondant à cette question  :

 

“C’était quand ta première ou ta dernière sexparty ? Raconte-moi”

 

Tous les prénoms ont été modifiés, déso

 

 

Ykaens,  30 ans à la première – Paris

Ma première soirée-cul, je m’en souviens comme si j’y étais encore. Et c’est surtout l’odeur qui me reste : celle du cul, des murs qui ont transpiré et des souffles qui se sont échangés. Celle des regards qui coulent et des mains qui s’échangent. Puis l’odeur de la musique qui suinte. La meilleure musique du monde, celle qui perle la fesse, le cul, le vêtement soustrait comme dans un vol, la corde passée sur un morceau de corps, l’odeur de la bougie et du délice consumé, la musique qui envoûte et te fait rester là, des heures, coûte que coûte.

 

Dans une soirée cul il y a celles ou ceux qui se donnent, puis il y a celles ou ceux qui restent là, immobiles et passifs, à se délecter d’un air lourd et humide. On dira que je fais partie de celles ou ceux là. De celles ou ceux en partie responsables du brouillard imbibé, à balancer du bout des doigts des sons où “tout est lancinant” et où “tout est trop chaud”. Pas facile facile de pouvoir prévoir au millimètre prêt ce qui fera jouir qui. Et comment. Et quand. Et avec qui. Pas facile facile d’avoir entre les doigts l’orgasme d’un(e) tel(le) et les c’était quand ta première sexparty ? Raconte-nous :gémissements sourds ou étouffants d’inconnu(e)s en quête d’excitation. Le corps a ses raisons que la musique entend bien. “Le bronzage de tes fesses dessine un cœur vulgaire mais beau”. Ma première soirée-cul. Explorer les ténèbres mélodiques du plaisir. Le plus bel exercice du monde pour un dj, ou pour n’importe qui. Parce que quoi, le plaisir, c’est la vie. Sans interrogation. “Comme notre amour”.

 

 

Andy, 26 ans à la 1ère, 31 ans à la dernière – Paris

Ma toute première Playnight s’est déroulée au Next en septembre ou octobre 2011, je n’ai plus la date exacte en tête. Mais merci Facebook, j’ai retrouvé le mois et l’année grâce à la date de début de “friendship” avec la jolie fille qui m’avait encordé, amené dans une petite salle obscure et entraîné à faire quelques bêtises. On est toujours amies, 6 ans après ! J’ai l’impression que rien n’a bien changé entre cette première et la dernière en date du 2 décembre. Une atmosphère qui éveille les curiosités dès l’entrée, un vestiaire où se dévêtir et se changer – si l’on veut -, des bonbons sur le bar pour l’esprit bon enfant, des shows de cordes et de cires, une multitudes de petites pièces sombres et bien équipées (!) et toujours une foule multicolores de personnes queer et singulières …

 

J’ai du mal à raconter en détail une Playnight plutôt qu’une autre, toutes entraînent de multiples flashs dans ma tête : le show d’une femme dévêtue et couverte de chocolat, la balançoire en cuir, la sieste dans la backroom (oups), la sensation de la cire sur mon corps et les paroles rassurantes des animateurs.trices à chaque atelier. Cet endroit safe et irréel, bercé d’un son envoûtant, représente l’un de mes évènements préférés. Et c’est aussi le seul qui m’amène à croiser un tas de connaissances de soirée dans une ambiance totalement décomplexée !

 

 

 

Hémeric, 27 ans de nos jours – Berlin / Paris

Ma première soirée “cul” était en fait une soirée queer où le cul était plutôt encouragé, il y a un petit moment maintenant. Je n’étais pas du tout à l’aise avec ma sexualité à l’époque et j’étais parti vivre à Berlin pour chercher un peu d’air frais. Un mec avait glissé une main dans mon froc et m’avait branlé sur un canapé. J’avais fini par lui jouir sur les doigts puis par quitter le club, un peu honteux.

 

Quelques mois après, je me suis retrouvé au Berghain dans un état pas tout à fait net – ce club me fascinait et me faisait très peur en même temps. J’ai sucé un mec pas très beau dans un coin avant d’aller le baiser dans les chiottes. Là encore, je n’étais ni très fier ni très heureux. J’ai pris ma revanche quelques années plus tard en retournant au Berghain avec mon mec de l’époque pour le sucer dans la darkroom. C’était vraiment excitant cette fois-ci sauf qu’au bout de 30 minutes (au moins ?), j’avais mal à la machoir et j’ai râlé. On a fini par s’embrouiller parce qu’il n’arrivait pas à jouir et ne voulait pas me le dire.

 

Aujourd’hui, je voudrais aborder tout ça plus sereinement avec mon amoureux, explorer de nouveaux espaces. A Paris, les sex clubs me font peur parce qu’ils semblent uniquement dédiés au cul et fréquentés par un public très spécifique. Je crois que je préfère les espaces plus ambiguës comme le Berghain justement, où on peut au choix danser, s’amuser et/ou baiser; où le sexe n’est pas l’activité centrale mais où il est possible, libre voire très encouragé, avec des recoins dédiés. L’an dernier, avec mon copain, on a baisé dans un coin pendant une soirée clandestine à Paris, c’était magique. J’aimerais bien voir plus de darkrooms dans les soirées queers (et donc mixtes) ici, je pense qu’on y gagnerait beaucoup en terme d’expérimentation et de dépassement des frontières de genres. Dans le noir on se permet des choses qu’on n’oserait pas forcément faire ailleurs, on peut brouiller et et réinventer son identité, même temporairement.

 

 

Aglaé, 2015 à 22 ans – Berlin

Pour moi, les sex parties à Berlin ne riment pas avec sexe. Car dans ces endroits la musique est aussi bonne que dans d’autres clubs ou soirées non labellisées « sexe ». Je me rends donc régulièrement à des sex parties pour mouvoir mon corps sur du son. J’ai par exemple en tête la Pornceptual qui programme des artistes formidables. C’est ainsi tout naturellement qu’un jour nous décidâmes avec mon acolyte La Louve de nous rendre au Kit Kat comme nous aurions convenu d’une soirée bowling. A l’entrée de la discothèque, la règle est d’enlever soit le haut, soit le bas. Comme je portais une combinaison, je me retrouvai rapidement en soutif-culotte. Le tout agrémenté d’une banane rouge très seyante, aimablement prêtée par le vestiaire afin de transporter mes effets personnels tout au long de la night.

 

A l’intérieur, nous croisâmes régulièrement des clients dans leur plus simple appareil, ou presque, certains ayant un anneau autour de leur membre viril. Alors que je gesticulais assez frénétiquement sur des beats électrisants, un jeune homme type statue grecque s’approcha de moi pour m’inviter à danser. Je remarquais en valsant qu’un homme dévorait en plein milieu de la piste de danse la verge d’un autre. Parallèlement à cela, mon Roméo m’invita à rejoindre la mezzanine qui surplombait la foule. Et c’est là que tout bascula. C’est à ce balcon que le jeune éphèbe commença à me tripoter puis à me – disons-le franchement – poutrer en public tout en me claquant régulièrement le postérieur. Je pouvais même faire coucou à mon amie qui d’en bas suivait avec amusement nos ébats. Il y avait même ce monsieur (appelons-le Klaus) qui se tripotait en nous regardant. Je me dis alors que c’était gentil de manifester son enthousiasme avec tant de ferveur. Une fois ces acrobaties terminées, je descendis de mon perchoir et finis la soirée en dansant gaiement.

 

 

 

Jésus, 27 ans – Berlin

Ma dernière sexparty, c’était à Berlin. J’ai commencé la soirée de bonne heure, en retrouvant un mec dans un parc. On a fait connaissance autour de quelques bières puis je suis parti rejoindre des amis dans un club.

 

Le club en question était équipé de backrooms au sous-sol. Mes amis ont décidé de prendre de la kétamine ; moi, je suis descendu dans les backrooms. L’ambiance était plutôt chiante. Il n’y avait pas grand monde, et personne ne m’attirait. J’ai fait plusieurs aller-retours. Dans une salle très sombre au milieu des backrooms, j’ai commencé à me faire sucé par plusieurs mecs. Ca m’a vite dégouté parce que je ne voyais pas leurs têtes. Dans ces cas-là je m’imagine toujours que les mecs doivent être horribles et sales. Je coupe vite court à ce genre de rencontre.

 

Heureusement, la soirée a fini par se remplir. Des mecs plus jeunes sont arrivés dans les backrooms. Des groupes d’amis s’y sont installés pour discuter. L’ambiance un peu glauque du début de soirée a été remplacée par une ambiance beaucoup plus conviviale. Ce que j’aime dans les soirées cul, c’est qu’on est là uniquement pour se faire plaisir. Les backrooms, c’est comme un grand terrain de jeu. Le sexe est une manière très simple et très saine de s’amuser.

 

J’ai rapidement rencontré un premier mec. On s’est approché l’un de l’autre. On a commencé à s’embrasser et à se caresser. J’ai tout de suite pris un rôle de dominateur. Je sortais avec un soumis à cette période. C’est quelque chose que j’explorais et que je trouvais super intéressant. C’est plein de possibilités. On peut contraindre son partenaire, l’inférioriser, le violenter, mais uniquement dans le but de lui faire plaisir. Finalement c’est quelque chose de très subtil. C’est un jeu où on est sans cesse à l’écoute de l’autre et où on tente toujours de repousser un peu la limite. Assez rapidement il s’est retourné pour que je le sodomise. Quelques mecs regardaient. Après on s’est quitté assez simplement, et je suis remonté voir mes amis et boire une bière.

 

Mon rencard de début de soirée avait décidé de venir me rejoindre. On a discuté un peu. Il est descendu. Je l’ai rejoint. On était un peu timide. On s’est embrassé, caressé, et un troisième mec s’est joint à nous. On a baisé tous les trois. On est repartis ensemble avec mon rencard. Sur le chemin, on s’est arrêté dans un parc. On a bu une bière sur un banc, on a discuté et puis on a baisé. On a recommencé en arrivant chez lui.  C’est devenu quelqu’un de très important pour moi. On habite loin l’un de l’autre aujourd’hui, mais on échange énormément. C’est la preuve qu’un peu de liberté sexuelle n’exclue absolument pas les sentiments.

 

 

 

 

*Queerotic c’est aussi un événement queer et érotique organisé par le festival Transposition à Annecy

**Référence à “Le Dépôt”, boîte-cul-gay qui se situe à côté du commissariat du 3ème (ce qui m’a toujours beaucoup fait sourire).

 

Sneaky Sneaky vendredi 13 janvier chez Le Klub.

Pornceptual

Et protège-toi !

Gaelle

Co-fondatrice. Photographe-auteure dispersée dans le temps et l'au-delà des étoiles de la vie des rêves éternels et aussi sur INSTAGRAM et @