5 raisons pour lesquelles il faut aller voir la Revue n°4 du Cabaret Electrique

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1. Pour la puissance

Notamment du premier numéro d’acrobaties qui ouvre le spectacle. Le premier acrobate s’élance, son maquillage insistant sur la virilité exacerbé de ce qui va suivre. Ce numéro tout en puissance coupe le souffle du public : il s’empare d’une barre au sommet de laquelle il grimpe avec une aisance impressionnante, il semble ensuite tomber du ciel lorsqu’il redescend, tout en muscles et en maîtrise. La grosse moustache noire qu’il arbore n’est pas sans ambiguïté, comme ses gestes évocateurs et ses regards grivois lorsqu’il saisit et caresse la grosse poutre sur laquelle il évolue. Un premier numéro puissant, donc et qui laisse augurer de bonnes choses pour la suite.

  1. 2. Pour la poésie

La suite, ce sont ces numéros qui font évoluer les circassien-ne-s au dessus de nos têtes, tout en poésie. On aimera le strip-tease so gay évocateur au trapèze, on aimera cette acrobate qui évolue dans les mailles d’un filet, grillage politiquement signifiant, on aimera aussi, beaucoup, au tissu aérien, le duo à la lourde charge érotique, formé par cette acrobate en talons, qui s’enroule à son partenaire, fière. On savourera aussi, le numéro de balançoire, poétique et délicat, qui apaise un peu au milieu des résonances punk qui semblent tout droit venues de recoins de Londres, Berlin ou d’ailleurs.

 

3. Pour l’ambiance

Si les numéros nous impressionnent parfois, c’est aussi pour l’ambiance générale que l’on savoure le spectacle. Le public est principalement installé aux tables qui entourent la piste. À ce moment-là du spectacle, on ne le sait pas encore, mais le grand type à mine patibulaire derrière le bar, est l’un des acrobates, et on le retrouvera plus tard, billets de 10€ agrafés sur le corps. Tous les gens que l’on voit évoluer dans la salle avant le spectacle sont les acrobates qui animeront la piste de leur art.

L’ambiance est détendue, le public divers, ici se côtoient des personnes de tous âges, couples de pédés et de gouines comme grandes tablées familiales. Il se dégage quelque chose de bon enfant et de fédérateur, une communauté marginale, en somme, comme ne manquent pas de le rappeler les grosses lettres lumineuses qui dessinent le mot QUEER, face au bar.

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  1. 4. Pour la liberté des corps

On ira au Cabaret Electrique pour les tétons dressés sous les résilles explicites, pour les hommes en talons et cagoule noire aux danses ambiguës. On ira au Cabaret Electrique pour la liberté des corps. No god, no master scande le groupe, perché au dessus du bar. C’est pour cet anarchisme des corps, libertaires, sexués et/ou sexuels que l’on ira au Cabaret Electrique.

  1. 5. Pour la liberté des esprits et la dimension politique du spectacle

Cette 4e revue du Cabaret Electrique est joliment sous-titrée « Tous en marge ! », la référence au mouvement d’Emmanuel Macron ne nous aura pas échappé et son détournement non plus. On comprend mieux, lorsqu’on entre sous le chapiteau, pourquoi l’ouvreuse, Carmen, nous a offert ce « bon pour un tir » à l’entrée en nous accompagnant vers notre table: ici, on peut tirer au paint-ball sur les portraits des hommes et femmes politiques candidat-e-s à l’élection présidentielle.

Le flyer l’annonçait : « Le Cabaret Electrique se réinvente en Gouvernement Electrique. Queer pauvres poètes bourgeois sans idées peuple résigné… » Voilà à qui s’adresse ce spectacle et le M. Loyal incarné par Kiki Picasso n’a de cesse de nous le répéter lorsqu’il nous rappelle qu’il est impératif « d’inventer de nouveaux interdits pour gagner de nouvelles libertés ». Au cours du spectacle, ce M. Loyal gouailleur laissera la parole à une activiste invitée, ce sera l’une des organisatrices du What the F*** Festival qui s’adressera au public.

S’il n’est pas militant, à proprement parler en tout cas, ce cabaret un peu différent nous offre une bulle de liberté joyeuse et enthousiasmante…

Mention spéciale aussi à la référence rimbaldienne qui développe l’interdiction aux -17 ans : « parce qu’on est pas sérieux quand on a 17 ans… ».

Cabaret électrique au Cirque électrique
Photo: © Hervé PHOTOGRAFF

CABARET ELECTRIQUE – REVUE N°4, au Cirque Electrique, jusqu’au 25 mars

http://cirque-electrique.fr

Leslie

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