CAMION BAZAR – ITW

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Romain Play + Benedetta = Camion Bazar. Cette phrase pourrait être gravée dans un cœur sur un arbre dans la clairière d’un festival. Ces Bonnie and Clyde de la fête sillonnent l’hexagone, et plus si affinité, pour distiller leur sens originel et fou de la fête. Tel l’Attila des temps modernes, partout où le camion passe résonnent à jamais rires et décibels. Vous avez dit Bazar ? Interview décomplexée et pleine de spontanéité !

 

 

Pour ceux qui se demandent encore qui sont ces drôles d’oiseaux de nuit, pouvez-vous vous présenter tous les deux et nous parler de la genèse du camion ?

 

Benedetta : Benedetta, 31 ans, mi-licorne mi-chatte, aux milles couleurs de cheveux et aux milles combinaisons, maman de Jacqui et du Camion Bazar.

 

Romain : Romain, âge changeant au gré des moments, musicien, papa Bazar (et de Jacqui), dj marathonien de la première heure.

 

On s’est rencontré en soirée (after ndlr), on s’est plu, on s’est fréquenté, on s’est aimé, on s’est marié, on a voyagé (comprendre : on a fait beaucoup de festivals), on a créé, on a fusionné, on a laissé libre cours à nos rêves… Voilà comment est né le Camion Bazar ! C’est un mélange d’envie de faire la fête comme on aime, de le partager, d’impliquer tout le monde, de ne pas mettre de règles, de voyager, de mixer, de mixer, de mixer encore.

 

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Crédit : Luc de Lagontrie

 

Si on tentait de vous résumer, il me semble que « bon esprit, amour, arc en ciel, dérision, licorne » pourraient commencer tout une longue liste de mots vous collant à la peau (comme les paillettes), c’est quoi votre recette secrète ?

 

B : Tu oublies boule à facettes et herbe à chat ! Il n’y a pas de recette secrète, juste de la spontanéité. En gros : faire ce que l’on aime. Je crois que pour ma part, je suis une grande passionnée de la fête. Quand on est transporté dans un instant magique suspendu dans le temps, entre musique parfaite, amis, sourires, embrassades avec n’importe qui mais aussi partage, bienveillance, tenues bariolées, décors qui font rêver, lieux magiques. C’est ce que j’aime et ce que j’essaie de recréer. Je suis loin du résultat mais j’essaie à chaque fois un peu plus.

 

R : Moi, la musique, c’est ma vie. Je préfère mixer et faire du son que respirer. Alors je donne tout. La recette secrète c’est ça. Tout donner, faire ce qu’on aime et mêler nos deux passions combinées.

 

Romain, depuis qu’on te voit à Paname, tu as commencé par des mixes puis est arrivé le camion. Désormais les clubs et les festivals font appel à vous. Comment avez-vous vécu cette progression fulgurante ? N’est-ce pas dur de ne pas perdre la tête ?

 

B : Je ne parlerais pas de progression fulgurante. On travaille dans le milieu depuis un certain temps, surtout Romain, et on a lancé le projet du Camion depuis 3 ans. Les 2 premières années, on a bien trimé quand même. On n’était pas payé, pas considéré, on faisait des milliers de kms parfois pour des festivals sans festivaliers. On a connu des conditions lamentables, du style « tenez, vous avez qu’à vous installer là-bas », le « là-bas » désignant un champ de boue sous une pluie torrentielle et sans abri, ou une décharge, ou le point toilettes du festival par exemple. Aujourd’hui encore, certains festivals nous considèrent comme la 5ème roue du carrosse, entre le stand de clowns et le Muppet Show. Ils oublient parfois de nous fournir le système son, de nous donner à boire ou à manger, sur une fête de 20h, 26h en comptant montage et démontage. Des anecdotes comme ça, on en a des millions dont certaines sont à mourir de rire. Du coup, c’est difficile de perdre la tête et puis de toutes façons… on ne l’a jamais eue.

 

R : On n’est pas hyper connu non plus, sauf un peu à Paris. Dans le reste de la France, ça commence doucement dans des villes comme Lyon, Bordeaux, Rouen, Clermont, Guingamp, Aix ou encore Bagnols-sur-Cèze.

 

À la base d’ailleurs, tu es plus musicien que DJ… comment s’est passée la transition ?

 

R : J’ai toujours joué mille instruments ! J’avais un groupe de 15 musiciens, il fût un temps, où on jouait pendant des journées entières, en impro, non-stop. Mais lorsque l’on est 15, chacun avec une vie différente, ça pose des limites. Les platines sont venues naturellement, pour toutes les fois où j’étais seul avec l’envie de jouer. Ça « remplaçait » le groupe et les instruments quelque part.

 

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Crédit : Cha Gonzales

 

Vous formez un super couple musique/animation que vous travaillez depuis quelques années déjà, comment fonctionne ce duo ?

 

B : Ça s’est fait tout seul. On a chacun des compétences différentes et chacun fait en fonction. Les rôles se définissent naturellement.

 

R : Ma partie c’est la musique et les sets, c’est-à-dire la moitié du Camion. Benedetta gère de son côté l’organisation des dates, les bookings, les djs, l’animation, l’autre moitié en fait. La scénographie on la fait ensemble, car Benedetta toute seule se couperait un doigt à la scie sauteuse, se brûlerait la peau au pistolet à colle et se ferait un piercing avec la perceuse.

 

B : Mais ça y est j’ai appris à m’en servir !!!!

 

On parle de duo, mais depuis quelques temps, on est plus proche du show à la Bérurier Noir que de Sonny and Cher ! Comment s’est formée la petite troupe qui vous accompagne désormais ?

 

B : Encore une fois, rien n’a été calculé, tout s’est passé naturellement. Les copains viennent faire la fête au Camion, ils proposent de l’aide une fois sur place. Il y en a un qui passe un disque, l’autre qui porte un totem et ça y est, quelque mois après, on se retrouve avec John et Charles au micro qui animent, Nico, Yann et Cyril derrière les platines, Luc aux photos, Eva, Jeanne, Céline et Cloé en filles de joie, les Barjulo en assistants spationautes, Adrien en diva extravagante et évidemment, le pilier, l’animateur en chef, j’ai nommé Jean-Michel, tour à tour prof de fitness, caddie bazar, formateur bénévole, promeneur de Jacqui, motivateur de troupes et reine des putes la nuit tombée.

 

En parlant des Béru, on peut dire que passer du rock’n’roll à la minimale voir à quelque chose de beaucoup plus kitch est un peu ta marque de fabrique, quelle est cette patte si particulière ?

 

R : Difficile à dire, je le fais sans y penser. Pourquoi se cantonner à un seul style ? En musique on trouve ça normal de ne jouer que techno ou que house, ou que dub, comme si dans la vraie vie il y en avait qui ne mangent exclusivement que des pâtes, qui regardent que des films d’action et qui s’habillent toujours en noir. Ça existe, mais on trouve ça bizarre. J’aime tout, je joue de tout. Je joue souvent plusieurs heures, à différents moments de la journée. Il y a le passage funky, le passage sexy, le passage rock et sauvage etc. J’explore un peu tout.

 

En plus du combo platines/mixeur, tu utilises d’autres éléments, peux-tu nous en parler ?

 

R : Depuis quelques temps j’ai rajouté un drum pad, un harmonica, une platine cd pour les boucles, des pédales à effets, des machines à ressorts, le micro, et des micro statiques sur des machines artisanales. Pourquoi se limiter aux platines? Il y a plus à faire  que ce qui a été déjà fait. J’ai envie de m’exprimer, je m’en donne les moyens. Pas de formatage, ni de schéma.

 

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On a aussi pu te voir utiliser des fruits et des légumes, ramener une batterie de casserole… cette exploration est un moyen de t’exprimer, de te différencier aussi peut-être ?

 

R : Les fruits et les légumes, c’est Playtronica. Ils avaient un stand au Macki Festival et m’ont proposé d’essayer au Camion, c’était dingue. Les casseroles c’était au tout début du drum pad, j’avais envie de combiner les deux, aussi pour le show, l’oeil a sa part dans cette histoire de musique.

 

Tu as récemment sorti ton deuxième morceau Cassiodim sur le label Forecast, comment ça s’est passé ?

 

R : Alors j’ai un peu changé ma façon de faire par rapport au track précédent que j’avais aussi fait pour Forecast. Le premier track a été fait avec mes instruments : guitare, basse, machines, et ableton live avec un coté plus dancefloor. Cette fois ci, je me suis penché un peu plus sur le sample que j’ai complètement déstructuré, et avec tout le reste des machines, bien sûr, parce que j’avais envie d’un track un peux plus doux. Je suis donc parti sur un mélange d’ambiances de hall de gare et de forêt ! Oui, deux opposés que je trouvais justement intéressant de mélanger. Pour ma collaboration avec mes amis de Forecast, c’est très simple. Ils m’appellent et me disent : « Romain, tu veux faire un track pour nous ? Tu as carte blanche » ! C’est juste parfait, merci les amis ! Une petite anecdote sur le titre qui est juste une petite dédicace à mes enfants. Leurs deux noms sont coupés en deux CASSIO(pé) et DIM(itri). C’est aussi simple que ça.

 

Découvrez l’ensemble de l’excellent EP Prevision #2 de Forecast avec (Romain Play / Cheaper Shepherd / Roman S / D°C / Breitlitz / Sir Squi)

 

Vous avez du recul sur la vie parisienne et la scène actuelle, comment avez-vous senti cette explosion et quel est votre regard à l’instant T sur cette dernière ?

 

B : Quand ça a explosé, on était en plein dedans. On était là aux premières after Cocobeach le dimanche matin, là aux Twisted, à la première Concrete, aux Cracki, aux teufs de la Mamie’s, on a fondé Microclimat avec Calvino, on a présenté le projet du Camion Bazar à la première OTTO1O et on était la deuxième scène à la première Alter Paname.

 

 

Samuel Lagarto Photography

 

Crédit : Samuel Lagarto Photography

 

R : On s’est senti faire partie de ce mouvement, un vrai bonheur. Et il n’arrête pas de grandir, ça foisonne, ça bouge dans tous les sens, faut que ça continue !

 

Quelles sont les orgas / soirées / labels qui tvous font le plus kiffer en ce moment ?

 

Benedetta & Romain : Alter Paname, OTTO1O, Microclimat, la Mamie’s, Dko, RER, Pardonnez-nous, Around the World, le Mellotron, Utopie Tangible, la Dynamiterie, le festival Château Perché, Cracki, Forecast, feu le Péripate, et il y en a encore qu’on doit et qu’on veut découvrir !

 

Été, sun and sand, on arrive (enfin presque) à la saison des festivals, des open airs et ça sent bon les teufs les pieds nus dans l’herbe…  Quels sont vos endroits fétiches pour vous poser et écouter du son lorsque les beaux jours arrivent ?

 

B : Le Fusion Festival, le Bachstelzen, le KaterBlau, le Garbicz… Chez moi en Italie, en bord de mer avec les copains, le soleil qui chauffe et le sel qui tire la peau, en train de planifier la prochaine sortie nocturne. Chez nous, dans notre jardin-forêt. Partout aussi. On est partout chez nous, on prend le camion, on charge un matelas, Jacqui, de la musique douce et on part, à la mer, la campagne, le centre de la France, le long de rivières, le monde est à nous.

 

R : Enfermé dans mon studio (rires). Non, je dirai chez nous, dans notre maison dans les bois, dans notre jardin-forêt loin de tout.

 

Votre remède pour vous remettre d’un week-end festif ?

 

B : Tous les week-ends sont des week-ends festifs. Donc toutes les semaines sont des semaines de santé. Au programme des vraies nuits de sommeil, du footing au réveil, le classique jus de citron-eau chaude-curcuma, que du bio et du local pour se nourrir (on est abonné à une amap). On est soucieux de ce qu’on se met dans le ventre (contrairement à ce qu’on pourrait croire de nous le week-end) et de comment sont traités les animaux.

 

: Du vélo tous les matins, un peu de méditation dans la forêt et jouer au frisbee avec Jacqui.

 

Enfin, la traditionnelle question finale : qu’est-ce que vous cherchez sous la jupe ?

 

B : La main de Romain, la tête de Jean-Michel.

 

R : Tout sauf des poils !

 

Merci à vous deux !

 

Comme on les avait sous la main et que l’été vient (presque) de commencer, on leur a demandé quelques tracks pour compléter votre playlist de l’été !

 

Benedetta 

 

  1. Track du réveil / premier rayon de soleil : Session Victim – Good Intentions
  2. Track pour faire l’amour : Stephan Bodzin – Singularity / Night Moves – Colored Emotions
  3. Track pour la pétanque / bbq : O’Flynn : Desmond’s Empire
  4. Track pour prendre la route avec le camion : Lullaby for Robert – Al Usher (Bogdan Irkuk remix)

 

Romain Play

 

  1. Track du réveil / premier rayon de soleil : Ministry – Jesus built my hotrod
  2. Track pour faire l’amour : Romain Play – Cassiodim
  3. Track pour la pétanque / bbq : Miôd – Kiedy bytem matym chtopcem
  4. Track pour prendre la route avec le camion : Jimi Bazzouka – Sosoye / Supertramp – It’s a long road