La tournée des bars : UDO, l’amour à la berlinoise

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Parce qu’on passe quand même une bonne partie de notre temps libre à traîner dans les rades parisiens, et parce que c’est aussi un rêve collectif que d’ouvrir son propre établissement, où on pourrait gérer de A à Z la déco et la musique, sans patron relou, on a décidé de lancer une série sur les bars de Paris. Comment ça se passe, de monter son bar ? Qui sont les gens qui servent nos bières ? Comment se passe la gestion d’un lieu au quotidien ? Nos lieux préférés n’auront plus de secrets !

On commence par l’Udo Bar, qu’on aime d’amour, et où on a organisé quelques soirées Souslajupe. Un petit bar berlinois caché dans une petite rue vers Parmentier, temple de la bière pas chère, de la wurst fondante, où presque chaque soir, on peut écouter les meilleurs collectifs de musique électronique de Paris. Le genre de lieu que tu pourrais fréquenter tous les soirs, tellement les patrons, qui n’hésitent pas à offrir des verres de jegermeister aux clients (élément suffisamment rare et appréciable pour être souligné!) donnent de leur coeur pour te faire passer un bon moment. Les patrons, ce sont Julia et Etienne, le plus cool des Kooples, qui aiment, tout comme nous, aller danser aux Mona, I’m a cliché et House of Moda. Ici, ils nous racontent comment leur idylle a été le point de départ d’UDO. Le bar de l’amour, on vous dit!

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Salut Etienne et Julia, quel âge à UDO, et comment est né le projet ?

Etienne & Julia : Udo va avoir quatre ans en juillet et comme chaque année, on organise une soirée d’anniversaire à La Java pour fêter ça le moins dignement possible ! Là ça tombe le 5 juillet et on en profitera pour faire venir, comme à chaque fois, un dj d’Allemagne. Cette année ce sera RSS disco, et mieux qu’un, ils sont trois !

Sinon, le projet d’Udo est né de notre rencontre amoureuse. On sortait depuis quelques mois ensemble et un soir dans un restaurant italien on s’est rendu compte, en discutant devant une carafe de vin, que nous avions tous les deux l’envie un jour de faire un bar. Arrivé à la grappa on avait le nom, le projet de l’ouvrir le plus vite possible ensemble, et on savait qu’il y aurait des Wurst dedans.

[ndlr : voici la plus belle réponse que nous avons eu depuis le début de souslajupe.net ! <3 ]

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UDO BAR PARIS

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Quel sont vos parcours respectifs ? Pourquoi cette envie de lancer un bar ?

Etienne : Je tenais une galerie que j’avais ouvert pas très loin de chez Udo. C’était un lieu assez convivial, j’y organisais une expo par semaine avec un vernissage chaque vendredi soir, qui faisait venir pas mal de gens de réseaux différents et qui se finissait généralement en before du Pulp avec tous le monde qui dansait au milieu des œuvres. Au bout d’un moment je me suis dit “ ça serait vraiment cool d’avoir un vernissage tous le soirs”, mais où les gens paieraient leur boisson, car financièrement je n’allais plus pourvoir tenir très longtemps à fournir l’alcool comme je le faisait alors ! Par déduction, il fallait que je m’oriente plutôt vers le format bar, où la musique ferait office de proposition artistique.

Julia : Je sortais beaucoup à l’époque et je savais que c’était foutu pour faire des études, surtout sans aucune aide financière, et il était temps de choisir une profession pour le futur. Je connaissais un peu le métier car l’un de mes papas a tenu un bar dans un village paumé dans le Nord de l’Allemagne, et un autre sur une île d’Espagne. Ma mère a toujours bossé dans des cafés et des bars, et elle m’y a traîné depuis mes 6 ans. J’ai adoré l’atmosphère décontractée et aléatoire qui règne dans ces lieux de rencontre et d’échange, donc intuitivement ça m’a poussé dans cette direction. De plus, à part le bar Ourcq et le Zéro Zéro je ne trouvais pas mon bonheur en sortant et je me suis dit qu’il y avait de la place dans le monde de la nuit à Paris pour des projets un peu différents.

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Pourquoi Paris et pas Berlin ?

Etienne : Berlin c’est le nom que l’on me sortait déjà quand j’ai ouvert la galerie. J’avais pas mal de potes qui s’étaient installés là-bas et qui me disaient que c’était la ville idéale pour ce genre de projets très alternatifs, où les loyers moins chers te permettaient d’avoir des espaces plus grands et d’être dans un mode de fonctionnement dans lequel la rentabilité du lieu prenait moins de place. En plus, Paris était artistiquement en train de devenir à la ramasse à coté de Berlin.

Mais bon, mon argument à l’époque c’était de dire que si on voulait que Paris redevienne une capitale dynamique, plutôt que de se plaindre du manque le lieux alternatifs ou de nuit et d’aller en ouvrir ou en profiter à Berlin, il suffisait de se les créer à Paris. Je pense toujours la même chose aujourd’hui et j’ai l’impression que depuis quelques années c’est ce qui se passe, et que Paris reprend du poil de la bête !

Julia : J’avoue qu’avant d’ouvrir Udo, je n’avais jamais mis un pied à Berlin, puisque j’ai habité à Cologne avant d’atterrir à Paris. Et puis je me je me sentie un peu obligée du passer du temps à Berlin pendant nos vacances, vu que tout le monde nous catégorisait de « bar berlinois ». La première fois je n’ai pas été plus inspirée que ça par le mode de vie berlinois. Mais plus j’y vais, plus je trouve cette ville agréable. Les gens m’ont l’air plus décontractés, il y a des espaces vagues, et de l’espace tout court. C’est ce qui manque cruellement à Paris, et ce qui rend la tache d’ouvrir un lieu bien plus difficile. Un jour, j’aimerais bien gérer ma vie un peu plus tranquillement, et ce jour là, je retournerais peut-être en Allemagne, de préférence à Berlin. Mais pour l’instant, on déborde d’énergie, et grâce à Udo, on a un réseau des gens sympas qui font des trucs assez extraordinaires, et avec qui on ne veut pas cesser de collaborer d’ici demain. Et puis ça ne fait même pas 8 ans que je vis à Paris, après tous ces efforts pour apprendre les coutumes et la langue, je voudrais bien rester un peu plus longtemps !

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UDO BAR PARIS

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Comment ça se passe de monter son bar à Paris ? A quelles galères avez-vous été confrontés au départ ?

Etienne & Julia : La vraie première galère c’est la taille de ton compte en banque, et là c’est vrai que si on commence à comparer Paris et Berlin il n’y a pas photo, hélas ! Le mètre carré est trop cher et est devenu le premier critère de sélection des projets qui vont s’ouvrir à Paris.

Paris est une toute petite capitale où, sans trop caricaturer, seul le quart Nord est est encore à peu près abordable. Donc premièrement, il faut avoir un apport qui va te permettre d’aller voir les banques qui te diront à 99% non car elles ne veulent pas financer des bars de nuit… Sympa. Puis il faut  trouver un fond de commerce, soit un bar déjà existant souvent très cher, soit trouver un local, mais entre l’autorisation de pouvoir y faire un bar et l’obtention de la licence 4, on se retrouve devant une offre très limitée. Nous, il nous a fallu 1 an pour trouver, donc faut prévoir de passer une bonne partie de son temps libre devant des sites d’agence immobilières et de faire des kilomètres à pied pour aller voir des vieux cafés de quartier, pour savoir si les propriétaires ne veulent pas les céder.

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Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer ?

Etienne & Julia : On leur conseillerait d’être extrêmement patient, et c’est triste à dire, mais peut-être de revoir ses ambitions à la baisse sur une première expérience… A moins d’être un chef d’entreprise avec 4 affaires qui marchent déjà, faut pas se dire qu’on va ouvrir un bar de 200 m2 avec une cave insonorisée et une autorisation de nuit comme ça, du premier coup !! Mais surtout, il ne faut pas oublier l’amour dans tout ça. Ce n’est pas innocent d’ouvir un espace public, quel qu’il soit, il faut forcement que derrière il y ait une envie de proposer une alternative, un truc un peu utopique.

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Aujourd’hui ça se passe comment l’UDO ? Qu’est-ce qui vous fait le plus kiffer dans le fait d’avoir votre bar ? 

Etienne & Julia : Le plus kiffant c’est quand la soirée est réussie, tu sais jamais pourquoi c’est tombé sur celle-ci, et pas sur une autre, avec les gens qui sortent en souriant et en te remerciant d’exister. Tu peux être mort de fatigue, malade, c’est quand même le but d’Udo que les gens passent une bonne soirée, alors quand c’est le cas et qu’ils te le disent, c’est parfait ! Et si en plus ça part en sucette avec des gens tout nus, c’est encore mieux !! L’autre truc kiffant aussi, on imagine que c’est peut-être un peu pareil pour vous avec sous la jupe, c’est de se créer une petite communauté, avec des personnes qui viennent de pas mal d’horizons différents, que ce soit des collectifs et des DJs qui viennent mixer chez Udo, ou des habitués du bar.

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Etant donné l’affluence à vos soirées, comment gérez-vous la relation avec les voisins ?

On doit être l’un des derniers bars de nuit du coin à ne pas avoir de portier. On n’en veut pas, on trouve que ce n’est pas convivial. Du coup, on passe pas mal de temps nous-mêmes dehors à expliquer aux gens qu’ils peuvent passer une bonne soirée sans crier ni pisser sur la porte de nos voisins ! On essaie de les responsabiliser et ça se passe souvent plutôt bien, et puis on est un bar d’habitués, de gens qui nous veulent plutôt du bien et qui n’ont pas envie de nous voir fermer… Et puis ça s’est un peu calmé avec nos voisins, je crois qu’au bout de trois ans ils ont compris qu’ils ne pourraient pas nous faire fermer, alors ils se sont habitués à avoir un peu de bruit. On a beau faire vraiment super attention à eux, mais des gens qui parlent dehors, même doucement, ça fait du bruit.

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A ce propos y-a-til une forme d’entraide ou de soutien entre les bars et lieux de fêtes parisiens ?

Etienne & Julia : Je crois oui. Nous on est le seul bar de la rue, donc on pas de possibilité d’entraide avec qui que ce soit ! Mais on a déjà organisé des soirées de soutien quand le Zéro Zéro ou les Souffleurs ont eu des fermetures administratives. (Bisous les amis!)

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Dans quels autres endroits aimez-vous sortir ?

Etienne & Julia : Ca n’a pas beaucoup changé depuis des années, alors quand on ne bosse pas généralement on va boire des verres au Zéro Zéro, au Popin ou aux Souffleurs. Pour aller danser on est assez fidèles à la Java, déjà parce qu’ils ont la gentillesse de nous accueillir pour nos soirée Udo party tous les six mois ! Et puis c’est pas trop loin d’Udo, avec des tarifs qui n’assomment pas, un staff plutôt cool et où il y a beaucoup soirées qui nous plaisent, que ce soit la trou aux biches, la mona, la house of moda et i’m a cliché. Pour le reste, on fait plus confiance à des collectifs qu’à des lieux, donc on essaie de suivre ce que font les Sonotown et Release the groove (et leur super programmation à la Machine), les travlator$ et évidement en suivant l’actualité de ceux qui passent par Udo on et là, on a le choix ! Avec l’assurance d’avoir un ou une amie qui organise ou mixe quelque part à Paris. 🙂

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UDO BAR PARIS
Souvenir d’une folle soirée souslajupe >> merci Udo !

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Avez-vous des projets, ou des rêves un peu fous pour la suite ?

Etienne & Julia : On est sur un projet d’ouvrir un nouveau lieu à la rentrée, un croisement entre la galerie d’art contemporain et le bistrot. On croise les doigts !

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Si vous aviez la possibilité, quel serait votre concept de lieu fantasmé ?

Etienne & Julia : Un shortbus, le rêve !! Mais on adorait aussi ouvrir un mini club, 200 personnes, pas plus. On lance un appel, si vous avez un local qui peut être transformable en club et qui ne vous sert à rien envoyez nous un mail !

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Avez-vous un message à faire passer à votre public ?

Etienne & Julia : Ne sortez pas avec vos verres et arrêtez de pisser sur la porte de nos voisins. Mais on vous aime quand même.

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UDO ne serait pas UDO sans la musique : Quels sont vos labels préférés ? Et vos coups de coeurs musicaux du moment ?

Julia : je suis assez curieuse, donc mes préférences et coup de coeur peuvent changer assez vite. Ils changent aussi selon le support, vinyle, digital ou bien cassette (merci à Blenno Die Wurstbrücke pour les cassettes!) et les habitudes d’écoute, si c’est pour Udo, la maison ou en dehors. Mais déjà autour de nous, et parmi nos invités, on trouve pas mal notre bonheur avec, par exemple, les sorties de antinote, clapping music, ddd, dokidoki, mazout, salon music, silicate, smallville, staubgold, stembogen, …

Etienne : pas mieux.

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Et enfin, que préférez-vous sous la jupe…?!

Etienne : Julia.

Julia : Etienne.

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UDO BAR soirée

 

Retrouvez UDO ici :

4 bis rue Neuve Popincourt – 75011 Paris

https://www.facebook.com/udobar?fref=ts

http://www.udobar.com

Et surtout le 5 Juillet à la JAVA avec, ça tombe bien, plein de copains déjà passés sous la jupe (ou qui ne vont pas tarder) !

<3

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