Laurence Anyways, génération XXY

Un article de Pauline. Rangé dans le tiroir Cult

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Publié le 17 juillet, 2012 - Pas de réaction

affiche laurence anyways

Images léchées au ralenti, gros plans troublant d’intimités, musiques pop qui resteront dans les playlists « été 2012″ de tous les hipsters, stylisme pointu et excentrique, interrogations sur le genre… Pas de doute, c’est bien du dernier film de Xavier Dolan qu’il s’agit, et pour la faire courte, Laurence Anyways nous a parfaitement envouté.

 

Dès son premier film, J’ai Tué ma mère, qui décrivait la relation houleuse entre une mère impuissante et un fils narcissique découvrant son homosexualité, Xavier Dolan nous avait conquis. Ce mec de 20 ans, aussi irritant que séduisant, avait déjà tout compris. Du journal intime vidéo à travers lequel le héros, impudique, se livre sans vergogne, au traitement à la fois mélancolique et cynique de l’histoire, en passant par ce goût ostentatoire pour l’esthétisme, il avait parfaitement réussi à illustrer l’hyperbolisme de l’ado 2.0. Deux ans plus tard, Les Amours Imaginaires nous avait plongé dans le psyché post-adolescent, fait de chimères, d’excentricité, et de références éclectiques (de Cocteau à Vinci). Le quotidien d’une certaine jeunesse prête à tout pour échapper au prosaïsme qui lui est promis, à travers les armes du rêve et de l’humour. Un cliché prétentieux pour une partie des spectateurs, un choc pictural et émotionnel pour les autres. Si la force du film n’était clairement pas dans son message ou son histoire, elle résidait dans son traitement esthétique : de la musique aux images, rares sont les films contemporains à avoir hanté notre esprit aussi longtemps après. La scène des stroboscopes sur Pass This On de Fever Ray, en boucle sur Youtube depuis un an, en est l’exemple le plus flagrant.

 

 

C’est donc avec beaucoup d’impatience et d’appréhension que nous attendions le nouveau cru Dolan, et nous n’avons pas été déçus, bien au contraire. Laurence Anyways est un grand film, traversé par un souffle romanesque passionnant, et passionné. Laurence Anyways, c’est l’histoire de Laurence, la trentaine, qui décide d’assumer son désir d’être une femme. Laurence est un homme hétérosexuel, fou amoureux de sa petites amie Fred, mais qui ne peut s’accomplir sous les traits masculins. Un profil qui dérange, aussi bien son entourage dans l’histoire, que les spectateurs du film. Tout repose sur le trouble, l’ambivalence, un concept cher au réalisateur, comme il a pu l’expliquer au cours de ses dernières interviews. Laurence n’est pas gay, ne le deviendra jamais, et c’est bien ça qui est le plus difficile à accepter. Il ne rentre dans aucune case, surtout aux yeux des professeurs du lycée dans lequel il enseigne, et suscite l’incompréhension de tous, quitte à perdre peu à peu, en révélant sa véritable identité, tout ce qu’il a construit.

 

Les deux principales qualités du film, à nos yeux, sont d’une part la justesse de l’émotion, qui ne tombe jamais dans le pathos, et l’interprétation magistrale des acteurs. Si Melvil Poupaud incarne sa transformation en femme de manière sensible et délicate, les trois femmes du film, observées avec beaucoup de tendresse par Dolan, offrent les prestations les plus pénétrantes. Suzanne Clément bien sûr, qui a gagné le prix d’interprétation Un certain Regard cette année, magnifique petite amie du héros, à la fois fragile et battante. Mais aussi Monia Chokri et Nathalie Baye, qui excellent respectivement en punkette désabusée et en mère cruelle et fantasque.

 

La direction artistique n’est pas en reste, avec un soin minutieux, voire maniaque, accordé au moindre détail. Les décors tout d’abord, qui montent progressivement en clinquant et en excentricité à mesure que le héros assume sa féminité. A l’image de cette fabuleuse scène, où les Five Roses, les mères protectrices de Laurence, après une longue discussion en huis clos, dévoilent tout à coup derrière un lourd rideau de velours le lieu de toutes leurs excentricités, un palace baroque digne des bals d’un Marquis de Sade. Xavier Dolan aime surprendre son spectateur, et en joue avec malice. Il en est de même avec le stylisme. Rejetant tout soucis de restitution réaliste de 90′s, période dans laquelle se situe le film, Xavier Dolan, joue avec chacun des codes de ces années pour construire un look démesuré et délirant, aux épaulettes trop larges, aux couleurs trop fluos, aux cheveux trop crêpés. Niveau musique, on passe de vieux tubes des 80′s (la superbe redécouverte du morceau Fade To Grey de Visage, dont la légèreté mélancolique colle parfaitement au film), au premier mouvement de la Cinquième symphonie de Beethoven, ou encore à la techno viscérale de Moderat (l’ensemble de la BO est à retrouver sur Spotify).

 

 

 

Xavier Dolan fait ce qu’il veut, avec désinvolture. Face à ce parti pris, pas de juste milieu au niveau des critiques : on aime ou on déteste. La réception de Laurence Anyways par les critiques du Festival de Cannes l’a une nouvelle fois prouvé. Si Le Monde a encensé le jeune réalisateur, L’Express l’a descendu en flèche, implorant Xavier Dolan de changer ses méthodes et tics de réalisation pour rendre honneur à son « talent fou ». Xavier Dolan est un passionné, comme en a témoigné à plusieurs reprises Nathalie Baye, qui affirme avoir rarement pris autant de plaisir à tourner avec quelqu’un. Une passion difficile à canaliser, qui rend ses films plus qu’imparfaits. Si Les Amours Imaginaires dérangeait par son esthétisme exacerbé, et parfois maladroit, Laurence Anyways souffre de véritables longueurs, souvent injustifiées. Xavier Dolan est un « boulimique de l’image », animé par un désir de filmer toutes les images qu’il a en tête, de mettre en boîte chaque scène qui l’inspire, chaque morceau de dialogue écrit. Il est ce qu’on pourrait appelé un « hyperactif de l’image », incapable de s’arrêter à temps, de finir l’histoire. Le film dure 2H40, il pourrait sans problème se contenter des deux tiers.

 

Mais Xavier Dolan cultive sa différence, et c’est par ce biais qu’il souhaite s’imposer dans le paysage cinématographique franco-canadien. C’est d’ailleurs tout le propos du film. Laurence Anyways ne parle pas de transexualité, mais de la manière dont la société stigmatise tout ce qui dépasse du cadre. Le personnage de Laurence peut évoquer à toute personne la manière dont elle s’est faite un jour rejeter, que ce soit pour des raisons sexuelles, mais aussi physiques, raciales, sociales. A partir d’un exemple troublant, Xavier Dolan a réalisé un film magistralement généraliste sur l’amour, le rejet et la reconnaissance. Par son culot, « ce n’est pas une révolte » qu’il amorce dans le cinéma contemporain et générationnel, « c’est une révolution ».

 

xx

 

D’après Tetu, Xavier Dolan serait déjà en train de travailler sur de nouveaux projets, avec l’adaptation de la pièce Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard. Cette dernière raconte l’histoire d’un homme qui, après le décès de son amant dans un accident de la route, se rend chez sa belle-famille à la campagne. Sur place, Tom découvre que la mère du défunt ignore tout de l’orientation sexuelle de son fils. Il apprend même que celui qu’il aimait entretenait une relation avec une femme…

 

 

Sortie française de Laurence Anyways le 18 juillet 2012

Durée 2H40

« Le seul défaut de ce film, c’est que vous ne jouiez pas dedans, Xavier… » : Ma mère, 53ans sur la fanpage de Xavier Dolan, 23ans.

 

 

 

 

A propos de Pauline

Fille illégitime de David Lynch et de Samantha Fox / Ne serait rien sans son perfecto / Rêve de faire du pôle dance en costume de panda / "Music was my first love"

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