Melt! Festival : On y était!

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Le Melt!, c’est 3h de bus depuis Berlin, dont une dans la forêt. 10 000 festivaliers déambulant dans un ancien site d’extraction minière d’Allemagne, Ferropolis. Mais le Melt !, c’est surtout 150 groupes et DJ performant quasiment 24H/24 sur 5 scènes, ce qui en fait un des plus grands festivals d’Europe. Et sûrement le plus excitant ! SousLaJupe.net y était, et te fait partager son expérience.

Premier conseil si tu entreprends d’aller au Melt! : ne surtout pas oublier ton billet ! L’ayant confondu avec le récépissé de la facture, tu te heurtes à l’incompréhension ahurie du staff, qui  n’a vraisemblablement jamais vu ça. On t’envoie aux quatre coins du site, à la recherche d’un ordinateur utopique. Tu es perdu au milieu de nulle part, à plus d’une heure de marche du village le plus proche. Seuls quelques larmes et un don de Dieu, c’est-à-dire un billet abandonné par terre, t’empêcheront de passer les trois jours derrière les barrières du festival à regarder tes potes tripper sans toi.

Deuxième conseil : Arriver à l’avance ! Cette histoire de billet t’a fait perdre deux heures, une armée de tentes se déroule à présent sur des kilomètres. Le seul espace que tu trouves est au fond du camping, sur un sol déjà jonché de canettes de bières. Et bien sûr, à côté du boulet à guitare qui t’empêchera de dormir pendant trois jours. Tu épuises tes dernières forces à monter ta tente, en luttant pour ne pas demander de l’aide au Pete Doherty de seconde zone. Il est 20H, une nuit de concerts t’attend, tu as juste envie de dormir.

source : http://1inchforward.com/blog/musik/sommer-2009/


Heureusement, au bout d’une dizaine de minutes de marche, une vision s’offre à toi. Ferropolis, parc d’attraction psychédélique, des machines en fer de 30 mètres dont les lumières se reflètent sur le lac. Un véritable tableau impressionniste, couronné d’un ciel de lasers multicolores. Tu as soudainement conscience que tu vas vivre une expérience unique, l’excitation qui t’anime depuis six mois prend tout son sens. Une fois à l’intérieur, tu es plongé dans un clip de MGMT grandeur nature. Une foule de hippies néo-futuristes, paillettes sur le visage, plumes et fleurs dans les cheveux, déambule un sourire aux lèvres, au milieu des balançoires géantes. Des Blanches neiges prennent une bière avec un groupe de chevaux  à combi latex, tandis qu’un gladiateur bénit un couple de mariés. Tu te surprends à trouver les gens beaux, doux et bienveillants, et tu te demandes si cette réaction est due à l’air saturé de particules de MDMA. Ou tout simplement parce que tu n’es pas à Paris.

Le Melt!, c’est un peu l’anti-Chez Moune. Pas de Kooples qui posent, un verre de Martini à la main, le regard sombre mais désabusé, à l’affût du Cobra Snake. On est là pour la musique, et on comprend pourquoi ! Un son clair t’entoure de toutes parts, un savant mélange de pop, de rock et bien sûr d’électro, clairement dominant dans le festival. Les meilleurs groupes et DJ du moment se succèdent toute la nuit : Nicolas Jaar, Apparat, Gold Panda, Miss Kittin, Paul et Fritz Kalkbrenner, Boys Noize… De vrais chocs musicaux et corporels, qui s’achèveront au lever du soleil, sur la plage, par un mix tout en douceur de Gui Boratto, agissant sur les survivants comme un rêve éveillé.

Desperado beach

Le lendemain, comme prévu, tu n’as pas fermé l’œil à cause de la guitare geignante de ton voisin et de la chaleur. Lassé de dégouliner dans ta tente en écoutant les variations des ronflements de tes potes, tu décides d’aller prendre une douche. Tu t’acquittes des 3 euros réglementaires, et là, surprise ! Des dizaines de filles nues font la queue dans un vieil entrepôt en tôle gondolée. Tu te rappelles que tu es en Allemagne, quelques souvenirs des cours d’histoire du lycée te saisissent malgré toi. Jamais l’anatomie humaine ne t’a semblé plus étrange, néanmoins tu t’insères dans ce tableau de Lucian Freud, avant de filer au lac te remettre de tes émotions. La plupart des festivaliers finissent leur nuit sur le sable ou se baignent au milieu des roseaux. A gauche, on a posé une platine sur une poubelle et une piste de danse s’est déjà improvisée, au bord de l’eau. Impossible de résister, ton corps s’anime mécaniquement au son de la minimale.

Beach Party

Lendemain difficile

sleepless floor

La nuit tombée, le paysage est un peu différent : les cernes se sont creusées, les plumes  décolorées. La fatigue se fait ressentir, d’autant plus que les distributeurs du festival sont vides : rien à faire, tu n’as plus d’argent. Tu passes ta soirée à ramasser les jetons de consignes et les bouteilles en verre par terre pour récolter quelques pièces pour manger. Quelques heures plus tard, tu tentes de gratter quelque chose à boire à des connaissances croisées par hasard, en vain : « On est dans la même galère, tout à l’heure, Paulo a bu l’eau du lac tellement il avait soif ! »

Sobre, tu te demandes ce qu’a pris cette fille magnifique, au regard mutin, qui te supplie de croquer dans son pain à l’ail pestilentiel. Tu restes bloqué devant ces mecs qui, pieds nus, vont sauter des heures durant dans la même flaque d’eau. Néanmoins, malgré les courbatures, tu danseras jusqu’à l’aube, emporté par les rythmes irrésistibles de  SBTRKT, Metronomy, Ellen Allien, Crystal Castles, M.A.N.D.Y… Et enfin Modeselektor, qui, au petit matin, provoquera l’hystérie auprès des milliers de festivaliers présents.

Le dernier jour est plus difficile, la pluie s’est invitée à Ferropolis. Pour payer la navette jusqu’au train, tu dois remplir un sac poubelle de détritus en l’échange de 5 euros. Tu trouves une bière de 50 cl pleine, tu n’as que ça comme petit dej, tu hésites. A bout de force, les vêtements trempés, tu penses que c’est la fin. Mais qu’importe, un sentiment de bien-être s’empare de toi. Tu viens de vivre une expérience humaine et musicale intense, tu mettras plusieurs semaines pour te réhabituer à la froideur de la nuit parisienne.

On y retourne l’an prochain ?

Prochaine édition les 13, 14 et 15 Juillet 2012

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Photos : Gaelle et Pauline