ITW : Perez, « L’hôte » du Festival de Hyères

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Programmé l’an dernier par Stage of The Art pour un concert, Perez était de retour au Festival de Mode et de Photo de Hyères. Cette année, c’est en tant qu’artiste que le musicien était invité, avec une installation sonore onirique : « L’Hôte ». Puisque cette proposition a séduit et notre coeur romantique et notre historique d’étudiants en lettres, nous avons souhaité lui poser quelques questions.

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Etre L’Hôte d’une situation est toujours une position particulière. Etranger d’abord, on essaie peu à peu d’apprivoiser l’espace, de s’intégrer au cadre, de s’adapter aux personnes qui nous entourent, pour, éventuellement, inverser les rôles. On imagine l’histoire des lieux, on travaille le personnage qui siéra au mieux à l’atmosphère. Celle de la Villa Noailles, justement, est particulière. Chargée d’histoire, la bâtisse cubiste a été le lieu de villégiature d’artistes comme Dali, Bunuel, Man Ray, Cocteau, Picasso, Giacometti, Crevel, qui avaient pour habitude de s’y rendre régulièrement pour créer, ou se reposer. Lieu d’extravagance et d’avant garde, la villa a peu à peu été laissée à l’abandon, avant de devenir lieu culturel et QG du Festival international de Mode et de photo, un des plus prestigieux du milieu.

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Dans son installation, Perez restitue par bribes le clinquant et la démesure de la Villa, et sa décadence. En quatre tableaux sonores ( Le vif de l’eau – La prise du château – Le rejeton du château défunt – La restauration ) diffusés dans des endroits différents de la bâtisse, le musicien s’imagine en transit à Hyères,  prisonnier de la Villa suite à une rencontre amoureuse. En proie à des émotions contradictoires, à la fois étranger, spectateur et architecte de son expérience, inspiré par les pièces radiophoniques de Joe Frank, les opéras minimalistes de Robert Ashley ou Gavin Bryars, ou les morceaux logorrhéiques de Dashiell Hedayat ou Pierre Vassiliu, Perez nous livre un récit émouvant, poétique et exotique, qui ne nous a pas laissé de marbre.

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Perez © Yann Stofer

 

 

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L’Hôte © Perez

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Comment s’est passée cette collaboration avec le Festival ?

Ayant joué l’année dernière au Festival, j’avais très envie de revenir cette année, mais pas en touriste. J’ai donc proposé à Jean-Pierre Blanc de produire une installation sonore. Au fil des discussions, on s’est mis d’accord pour partir sur un récit fantasmé autour de la Villa Noailles et sa mythologie, les oeuvres d’art qui ont été faites dans ce lieu. J’ai fait pas mal de recherches sur cette époque, sur Marie-Laure et Charles de Noailles, sur les oeuvres, pour produire le texte.
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C’était déjà quelque chose qui t’intéressait à la base, le milieu littéraire et artistique des années 30/40 ?
Le lieu a brassé énormément de gens, donc c’est en effet un sujet passionnant. Il y a aussi tout le projet moderniste, son utopie de mélanger les champs et médias artistiques qui m’intéressait. C’était quelques chose de très élitiste, de très bourgeois aussi, qui est progressivement tombé en ruine pour laisser place à l’art contemporain, quelque chose de bien plus démocratique, pour le meilleur et pour le pire ! L’histoire de la Villa Noailles elle-même symbolise vraiment cette mutation, puisqu’elle a été abandonnée, squattée, et a même été sur le point d’être détruite pour un projet immobilier, avant d’être sauvé in extremis par la ville de Hyères. Ca m’a plu de parler de tout ça dans le morceau.
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Tu avais déjà participé à des projets artistiques avant ?
J’ai fait pas mal de musiques pour des centres d’art contemporain, pour des installations, des vidéos. L’an dernier, j’ai fait la résidence du Palais de Tokyo, où j’avais produit des installations vidéos et sons. Aujourd’hui, c’est la première fois que je créé quelque chose d’aussi littéraire. Mes projets précédents étaient plus sensuels, alors que celui-ci est très écrit, avec le texte qui prime dans l’expérience. Je trouvais aussi le fait de s’inscrire dans un lieu et ses contraintes très stimulant, de travailler sur l’histoire de la Villa, de me plonger dans ses anecdotes…
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Tu as pensé quoi du Festival cette année ?
J’ai trouvé ça vraiment très bien. L’année dernière j’étais pas mal stressé à cause de mon concert, du coup j’ai pu mieux profiter cette année ! Je ne suis pas du tout calé en mode, mais je trouve que c’est une chouette expérience. Côté créateurs, j’ai beaucoup aimé les productions de l’Ukrainienne Yulia Yefimtchuk (qui a eu la mention spéciale), et la bande son de son défilé, une sorte d’Ennio Morricone sous extasy !
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Quels sont tes projets aujourd’hui ? Tu vas bientôt sortir un album ?
J’ai terminé l’enregistrement de mon premier album, qui sortira l’année prochaine chez Barclay. Entre temps, je sors en juin un single, qui sera accompagné d’une vidéo, et en septembre/octobre un maxi.
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Et que va devenir « L’Hôte » après le Festival ?
Je ne sais pas vraiment encore, mais c’est sûr que j’aimerais l’exploiter pour la suite, par le biais d’un vinyle, ou d’un recueil illustré !
 

 

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Perez (c) Pauline Richaud

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Exposition jusqu’au 25 mai

Villa Noailles, Montée Noailles, 83400 Hyères

http://villanoailles-hyeres.com

Perez Soundcloud

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