Summer is cumming : rendez-vous au What The Fuck ? Fest*** !

Un article écrit par

Queers dans la rue,
Gouines en bermuda,

Twinks dévêtus

Poils bleus sous les bras.

 

On dirait bien que c’est l’été (si si…) et l’été, c’est bien connu, les rédactions en manque de cul(ture) proposent des analyses révoluti recyclent inlassablement leurs mêmes vieux sujets sexe complètement périmés. Chez SousLaJupe, pourtant, on n’a pas attendu les beaux jours pour vous parler de cul, de clits, de cons et de couilles : après être allé.e.s jouer avec nos sécrétions en compagnie du Collectif Fluides il y a quelques semaines, nous nous sommes penché.e.s dernièrement sur le très excitant What The Fuck ? Fest*** !

 

Dédié aux sexualités dissidentes, l’évènement aura lieu les 8, 9 et 10 Juillet au Cirque Electrique. En attentant ce week-end, nous avons interrogé Marianne Chargois, travailleuse du sexe, performeuse et co-programmatrice du festival, pour qu’elle nous parle de ce nouveau-né.

 

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SousLaJupe: C’est votre première édition. Comment est née l’idée du festival ?

WTFF: Avec la création du WHAT THE FUCK ? FEST*** !, l’envie était de créer à Paris un espace aussi queer, festif et invitant que le Porn Film Festival de Berlin. Cet événement annuel, qui a fêté ses 10 ans l’année dernière et qui est partenaire de notre festival, est pour nous une référence forte, dans la lignée duquel nous souhaitons nous inscrire.

 

Notre constat de départ est le suivant : les représentations du sexuel sont multiples, complexes, et construisent des contre-cultures riches et passionnantes. Pourtant, l’expression de tout ce qui a trait à l’explicite, aux sexualités, n’est bien souvent pas pris au sérieux, voire disqualifié comme centre d’intérêt sous prétexte qu’il s’agirait de « pornographie » (la désignation pornographie fonctionnant comme repoussoir et catégorie méprisable).

 

A l’encontre de ces idées préconçues, nous décrétons avec ce projet que les sexualités sont dignes d’être représentées, nous rejetons l’infamie accolée usuellement à ces thématiques, pour célébrer les intérêts politiques, esthétiques et collectifs qui s’y trouvent. Nous prenons à contrepied l’aspect « sale petit secret » appliqué au sexuel, pour mettre en visibilité ses variations, ses constructions culturelles, sociales, ses rapports aux normes et au hors-norme. Avec le WTFF, nous assumons le principe de nous intéresser au monde par le prisme du sexuel.

 

A quoi peut-on s’attendre de particulier ?

La programmation s’attache essentiellement à projeter des œuvres filmiques que nous avons peu la possibilité de voir autrement : des œuvres post-porn DIY aux productions et diffusions très underground ; des films hors format classiques, qui sont jugés trop explicites, trop militants, pas assez esthétiques, etc. Nos coups de cœur de la dernière édition du Porn Film Festival de Berlin seront présents, comme la très belle auto-fiction porn documentaire de Marit Ostberg, When we are together we can be everywhere, par exemple. Nous ne pouvons pas non plus prévoir une programmation sans le travail incroyable d’Antonio Da Silva, autour des cultures sexuelles gays, dont les films sont tout autant esthétiques, pornographiques qu’intelligents. Il sera également possible d’expérimenter des dispositifs de réalité virtuelle 3D, avec Viens, de Michel Reilhac, et le shooting porn POV VR XXX, ou encore d’assister à une soirée performance sur la thématique SexWork le samedi 9 juillet.

 

Pour résumer, je dirais que nous travaillons à un équilibre entre réflexion artistique, pornographique, politique ; ainsi qu’entre matière théorique, filmique et scénique.

 

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Vous insistez beaucoup sur la dimension queer et féministe du festival. Qu’est ce que ça signifie pour vous ?

Les pensées féministes, les contre-cultures sexuelles, les militances queers, ne cessent de mettre en lumière les constructions culturelles et performatives à l’oeuvre dans les corps et les sexualités, produisent des réflexions sur les dimensions politiques des représentations, tout en menant de prolifiques expérimentations dans le champs artistique.

 

Le sexuel est bien plus public que ce que nous voulons bien reconnaître, alors qu’il se pense, se construit, se déconstruit, s’élabore, se représente, de la même manière que tout ce qui constitue notre être social. Les discriminations et inégalités – vécues entre autres par les personnes LGBTQI, travailleurEUSEs du sexe, queers, diversités fonctionnelles, etc. – nous rappellent que la sexualité n’est pas une simple question de plaisirs privés. Le sexuel est le lieu depuis lequel se constituent de multiples minorités et discriminations ; mais ces minorités sont souvent invisibilisées dans les systèmes de représentations dominants. Or, cette transparence forcée est extrêmement violente, et il est difficile d’exister socialement, politiquement, sans être visible.

 

Créer ce festival comme contre-espace possible semble plus que pertinent pour valoriser les diversités de discours et de représentations des identités et expressions de genre et de sexualité.

 

Y a-t-il des artistes ou auteur.e.s qui vous ont particulièrement influencé.e.s ?

Bien sûre, un tel festival ne peut exister hors de multiples influences essentielles : des théoricienNEs comme Paul B. Preciado, Rachele Borghi, Sam Bourcier, Gayle Rubin, Judith Butler, par exemple ; des féministes militantEs comme Annie Sprinkle, des artistes tels que les Quimera Rosa, les Post Op, Diana J. Torres ; mais aussi d’autres festivals, qui ouvrent la voie : le Porn Film Festival de Berlin, la Fête du Slip de Lausanne, le Only Porn à Lyon, ou encore Explicit à Montpellier, sur lequel je travaille également.

 

Ce sont des faisceaux d’influences, qui créent des autorisations et donnent la force suffisante pour créer un tel festival. Et c’est essentiel ! Parce qu’il ne faut pas oublier que cela reste extrêmement difficile de créer un événement autour du sexuel : tant économiquement, parce que c’est très compliqué à financer, que parce que cela soulève des résistances conservatrices qu’il faut contrer.

 

 

Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas, peux-tu nous dire quelques mots sur le Cirque Electrique ?

Le Cirque Electrique est un lieu très rock’n roll et chaleureux, qui dispose d’un grand chapiteau, sous lequel auront lieu projections et performances, d’un grand bar au parquet de bois qui accueillera des Dj set. Nous investirons également leur magnifique terrasse avec des stands queers, et la salle de l’Anti Club, normalement consacrée aux concerts, pour une exposition autour des identités DIY.

 

Bref, nous avons une chance inouïe d’être accueilliEs dans ce magnifique espace !

 

Et sinon, que cherchez-vous SousLaJupe ?

Une foule de corps, de fluides, de pratiques, de rires ! Et pourquoi pas une tentative d’oser se dresser sans jupe, fièrEs, puissantEs et décompléxéEs !

 

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WHAT THE FUCK ? FEST*** !, du 8 au 10 Juillet 2016 au Cirque Electrique.

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Matthieu F. – Twitter : @Matthieufoucher

Matthieu

@matthieufoucher

Après avoir vagabondé entre Berlin et Amsterdam, Matthieu habite à Paris où il bosse dans les médias. Il aime manger des fleurs, prédire la fin du capitalisme et disserter sur les spectres queers.